Le territoire que nous défendons.
Alter do Chão, Crato, Fronteira, Monforte et les communes limitrophes réunissent des valeurs écologiques, historiques et humaines uniques dans l'Alto Alentejo. L'implantation du polygone de tir militaire déstructurera un écosystème équilibré.
La commune
Alter do Chão est une commune du district de Portalegre, dans l'Alto Alentejo, comptant environ trois mille cent quatre-vingts habitants résidents selon le recensement de 2021. La commune fait partie de la NUTS III de l'Alto Alentejo et se divise en quatre paroisses : Alter do Chão, Chancelaria, Cunheira, et l'Union des paroisses de Seda. Elle a une superficie d'environ trois cent cinquante kilomètres carrés, avec une densité de population inférieure à dix habitants par kilomètre carré.
La commune est marquée par un vieillissement démographique marqué et par un schéma de dépeuplement soutenu depuis plusieurs décennies. L'économie locale repose sur l'agriculture extensive, l'élevage, l'oléiculture traditionnelle, le montado, le tourisme équestre lié au Haras et la vigne à petite échelle. Les infrastructures de services publics (écoles, centre de santé, parc de logements) sont dimensionnées pour la population actuelle.
À l'est, le territoire compte le Haras d'Alter, propriété de l'État, sous tutelle du ministère de l'Agriculture. Au nord, il englobe une partie de la Serra de São Mamede et de ses prolongements. À l'est, il se relie à la commune de Crato et, plus loin, à la frontière espagnole. Toute cette articulation confère à la commune un caractère de continuité écologique et culturelle avec le reste de l'Alto Alentejo.
La commune principale et le rayon d'impact
Alter do Chão est la commune principalement touchée, car c'est sur elle que se concentre la majeure partie du polygone prévu. Le rayon d'incidence dépasse cependant largement ses limites administratives. La commune de Monforte est directement touchée, avec les paroisses d'Assumar et de Vaiamonte intégrées au périmètre.
Trois raisons expliquent cette portée élargie. La première est le bruit : les opérations avec l'armement des aéronefs militaires produisent un impact sonore dans un rayon de plusieurs kilomètres au-delà du périmètre, sur les localités, les exploitations agricoles et le Haras lui-même. La deuxième est l'écologie : la zone spéciale de conservation de Cabeção couvre quatre communes et le réseau de zones de protection spéciale de la directive Oiseaux s'étend sur un rayon d'environ trente-cinq kilomètres, les oiseaux des steppes se déplaçant entre les noyaux à l'échelle régionale. La troisième est l'économie et le paysage : l'agriculture extensive, le montado, l'irrigation publique de Veiros et le tourisme équestre forment un système continu de l'Alto Alentejo, qui ne s'interrompt pas à la frontière de la commune.
Le réseau Natura 2000
Le réseau Natura 2000 est le réseau écologique européen, créé par la directive 92/43/CEE (directive Habitats) et la directive 2009/147/CE (directive Oiseaux), qui réunit des zones de grande valeur de conservation. Il comprend des zones spéciales de conservation (ZSC) pour les habitats et les espèces et des zones de protection spéciale (ZPS) pour les oiseaux. Le Portugal y intègre plus de deux cents sites.
La commune d'Alter do Chão comprend des zones intégrées à la zone spéciale de conservation de Cabeção (PTCON0029) ; le périmètre du champ de tir se situe à environ treize kilomètres de cette zone et à environ cinq kilomètres et demi de la zone de protection spéciale de Monforte (PTZPE0051), dans son rayon d'impact et avec une forte connexion écologique aux sites adjacents de l'Alto Alentejo. L'obligation centrale découlant des directives est d'évaluer de manière appropriée tout plan ou projet susceptible d'affecter l'intégrité du site avant son autorisation. Cette évaluation est préalable, motivée et publique.
Au-delà de la zone de protection spéciale de Monforte, à proximité immédiate, le polygone se situe au centre d'un réseau de zones de protection spéciale de la directive Oiseaux, classées pour la même communauté d'oiseaux des steppes : Vila Fernando, Veiros, Campo Maior et São Vicente se trouvent dans un rayon d'environ trente-cinq kilomètres. L'outarde canepetière et la grande outarde se déplacent entre ces noyaux à l'échelle régionale, ce qui impose d'évaluer les effets du projet sur l'ensemble du réseau, et non sur chaque site de façon isolée.
La localisation annoncée du champ de tir affecte ces valeurs dans son rayon d'impact et contredit, de manière évidente, la hiérarchie procédurale qu'impose le droit communautaire.
La zone spéciale de conservation de Cabeção (PTCON0029)
La ZSC PTCON0029 protège un ensemble d'habitats et d'espèces d'importance communautaire. Les habitats qui justifient le classement incluent des montados de chênes-lièges et de chênes verts, des landes méditerranéennes, des prairies halophiles, des galeries ripicoles de saules, frênes et aulnes, et des zones humides associées à des cours d'eau permanents ou temporaires. Les espèces cibles incluent des chauves-souris des espèces de l'annexe II de la directive Habitats (Rhinolophus, Myotis), la cistude méditerranéenne (Mauremys leprosa) et plusieurs espèces d'invertébrés rares.
L'arrêté n.º 89-I/2026/1, du 23 février 2026, a approuvé le plan de gestion de la ZSC de Cabeção, sur 48 394 hectares couvrant les communes d'Avis, Ponte de Sor, Mora et Alter do Chão. Le plan identifie 25 habitats et 8 espèces protégées. Se distinguent l'habitat 3170 (mares temporaires méditerranéennes), prioritaire au titre de la directive Habitats, et la plante Halimium umbellatum var. verticillatum, dont la distribution mondiale est concentrée à plus de 60 pour cent sur ce site.
Le décret-loi n.º 35/2026, publié le 11 février 2026, et l'arrêté n.º 89-I/2026/1, publié le 23 février 2026, ont expressément renforcé les mesures de protection de cette zone. L'État a affirmé par cet acte l'importance continue de ces valeurs. Le choix, moins de trente jours plus tard, d'installer un champ de tir dans ce périmètre est juridiquement contradictoire avec le renforcement de la protection que l'État lui-même venait de publier.
La Zone importante pour la conservation des oiseaux (ZICO PT017)
La ZICO d'Alter do Chão (code PT017, 1 317 hectares dans le noyau, critères A1, B2, C1 et C6) est l'une des zones identifiées internationalement par BirdLife International comme critiques pour la conservation des oiseaux des steppes de la péninsule Ibérique. Le classement en ZICO est technique, fondé sur des critères standardisés de présence régulière d'espèces menacées, de communautés reproductrices significatives et d'importance biogéographique. Ces zones n'ont pas de protection juridique autonome au Portugal, mais constituent une référence acceptée par les tribunaux nationaux et européens en matière d'évaluation des incidences.
La ZICO d'Alter do Chão comprend une matrice de montados ouverts, de prairies permanentes et de céréales de sec. Cette combinaison est particulièrement favorable à la reproduction de l'outarde canepetière (Tetrax tetrax), espèce classée En danger critique au Portugal (déclin national d'environ 90 pour cent en vingt ans, avec seulement environ 1 736 mâles restants dans le pays, selon le 4e recensement national de l'outarde canepetière, BIOPOLIS/CIBIO, juin 2026). C'est aussi un refuge pour la grande outarde (Otis tarda), En danger, pour le faucon crécerellette (Falco naumanni) et pour le busard cendré (Circus pygargus), avec 119 à 207 couples reproducteurs estimés sur l'ensemble du territoire national.
La perturbation introduite par un champ de tir permanent, avec des détonations régulières et des survols militaires, est incompatible avec le maintien de ces valeurs. La littérature scientifique sur l'outarde canepetière, en particulier, démontre que ces oiseaux abandonnent des territoires reproducteurs en réponse à des perturbations persistantes, même d'intensité modérée.
Le montado de chênes-lièges et de chênes verts
Le montado est le système sylvopastoral dominant dans le paysage d'Alter do Chão. Il s'agit d'une formation arborée ouverte dominée par le chêne-liège (Quercus suber) et le chêne vert (Quercus rotundifolia), sous laquelle coexistent le pâturage extensif, la récolte du liège en cycles longs, la montanheira (glandée du porc noir) et des cultures céréalières de sec en rotation. C'est un système d'une grande efficacité écologique et culturelle, classé par l'Union européenne sous le code d'habitat 6310 (habitat prioritaire).
Le chêne-liège est, au Portugal, un arbre protégé par un régime spécial. Le décret-loi n.º 169/2001, avec ses modifications postérieures, réglemente sa coupe, l'autorisation de transplantation et le contrôle. L'abattage ou la destruction de chênes-lièges dépend d'une autorisation de l'Institut de la conservation de la nature et des forêts et a fait l'objet d'une jurisprudence constante. Un champ de tir avec des clôtures périmétriques, l'ouverture de bandes de sécurité et des zones de tir implique la coupe et la destruction de chênes-lièges à grande échelle, en violation prévisible de ce régime.
La gestion extensive du montado est, en soi, un instrument de conservation. Sa substitution par un polygone militaire produira une perte directe et irréversible de valeur écologique, une fragmentation de la mosaïque traditionnelle et la disparition des communautés d'invertébrés, d'oiseaux et de mammifères associées.
Le Haras d'Alter
Le Haras d'Alter a été fondé en 1748 par Jean V dans le but déclaré d'élever et de préserver une lignée de chevaux au service de la Couronne. C'est le plus ancien haras au monde en activité ininterrompue. Il est sous tutelle de l'État portugais par l'intermédiaire du ministère de l'Agriculture. Sa superficie se situe dans la commune d'Alter do Chão, la même que l'État a choisie pour le futur champ de tir.
Le Haras préserve la lignée du pur-sang lusitanien d'origine Alter Real, avec son propre livre généalogique. Au-delà de l'activité d'élevage, il maintient un centre d'équitation, un manège, un musée, un ensemble de bâtiments du XVIIIe siècle classés et un programme d'activités pédagogiques et touristiques qui constituent un ancrage économique et symbolique de la commune.
L'art équestre portugais à l'UNESCO
Le 3 décembre 2024, l'art équestre portugais a été inscrit par l'UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, lors de la 19e session du Comité intergouvernemental réunie à Asunción. La candidature, instruite par l'État portugais, identifie le Haras d'Alter comme l'un des éléments centraux de la pratique. La pratique était déjà inscrite à l'Inventaire national du patrimoine culturel immatériel depuis le 28 avril 2021. L'inscription UNESCO produit, pour l'État, des obligations de sauvegarde active : garantir la continuité de la pratique, protéger les conditions matérielles qui la soutiennent, la transmettre aux générations futures et coopérer internationalement à sa préservation.
L'installation d'un champ de tir dans la même commune que le Haras est, au sens propre, une décision de l'État contre les engagements de l'État lui-même. La cohérence interne de l'administration exige que des décisions de cette ampleur soient précédées, au minimum, d'une évaluation formelle des conditions du Haras, de l'audition de sa direction et d'un avis de la Commission nationale de l'UNESCO.
Le patrimoine rural dispersé
Les environs comprennent un patrimoine archéologique classé d'importance nationale. À quelques kilomètres, la Villa lusitano-romaine de Torre de Palma est classée Monument national depuis 1970 et considérée comme l'un des plus importants complexes romains de la péninsule Ibérique ; la cartographie des contraintes signale en outre un dense ensemble mégalithique, avec des dolmens, la nécropole mégalithique de Rabuje et un pont d'origine romaine sur la Ribeira Grande.
L'identité rurale d'Alter do Chão s'étend au-delà des monuments urbains de la commune. Elle comprend un réseau dense de biens patrimoniaux dispersés dans les exploitations : aires de battage en pierre pour le dépiquage traditionnel, fours communautaires, retenues et puits anciens pour la gestion de l'eau du pâturage extensif, hameaux isolés et montes alentejanos (unités d'habitation et de production qui structurent le paysage agricole), chapelles rurales, oratoires, calvaires, bornes de propriété et chemins publics utilisés sans interruption depuis des siècles.
Ces éléments ne sont, pour la plupart, pas classés individuellement. Ils ont cependant une valeur historique, ethnographique et symbolique significative, et constituent une partie intégrante de ce que les tribunaux portugais ont reconnu comme intérêt culturel diffus. Leur destruction à grande échelle, dans le cadre d'une seule infrastructure, est difficilement réparable.
L'économie locale
L'économie d'Alter do Chão repose sur plusieurs axes articulés entre eux : oléiculture traditionnelle avec une production d'huile d'olive extra vierge reconnue ; élevage extensif de vaches, de brebis et de porc noir en montanheira ; céréaliculture de sec ; vigne à petite échelle ; apiculture ; tourisme rural et équestre articulé avec le Haras ; et candidatures à des fonds européens (PAC, PRR, PEPAC) qui soutiennent des investissements privés en cours.
À cette base s'ajoute un investissement public récent dans l'irrigation. L'aménagement hydroagricole de Veiros, dans les communes d'Estremoz et de Monforte, est entré en service en 2015 et dessert plus de mille hectares de surface bénéficiaire, avec des surfaces destinées à être incluses dans la Réserve agricole nationale. C'est la confirmation, par l'État lui-même, de la valeur agricole structurante d'un territoire que l'on propose désormais de convertir en champ de tir.
En synthèse conservatrice annualisée, le tableau économique en jeu totalise entre 18 et 30 millions d'euros par an : 2,7 à 3,3 millions en subventions PAC directes ; 8 à 15 millions en production agricole directe (montado, oliveraies, céréales, pâturage, vigne) ; 1 à 4 millions en liège (extraction par cycles de 9-11 ans) ; 1,2 à 4 millions en masse salariale agricole directe ; un multiplicateur rural typique de 1,5 à 2,5 sur l'activité primaire ; et 5 à 7 millions en tourisme équestre, agritourisme et marque Haras.
L'apport militaire effectif dans l'économie locale, une fois déduites les installations propres assurées par le décret-loi 172/94, se situe entre 1,6 et 3 millions par an. La lecture d'ensemble des chiffres est disponible sur une page dédiée.
L'installation du champ de tir affecte tous ces axes. Elle réduit la surface agricole disponible, compromet des candidatures communautaires en cours d'exécution, déprécie la valeur des propriétés environnantes, chasse l'activité touristique et équestre, et produit une incertitude prolongée qui décourage l'investissement. Les « compensations » annoncées par le gouvernement n'ont été ni quantifiées, ni échelonnées, ni liées juridiquement, ce qui rend leur promesse, pour l'instant, incapable de remplacer la perte concrète projetée.
Le territoire vivant
Ce n'est pas un terrain vague. C'est un territoire habité et en production.
Ce que la zone visée fait vivre aujourd'hui : élevage extensif, montado, faune protégée et un paysage qui donne son nom et ses visiteurs à la région. C'est cela qu'une zone de tir militaire viendrait remplacer.